La résidence située au 134, rue Saint-Charles aurait été bâtie en 1895 pour Gabriel Marchand, protonotaire, député de Saint-Jean et fils de Félix-Gabriel Marchand, journaliste, auteur, notaire et homme politique. En 1920, la propriété est acquise par la compagnie Singer qui y loge ses gérants.

L’ornementation élaborée et la complexité de la composition des élévations rattachent ce bâtiment au courant architectural appelé éclectisme victorien. Ce courant apparaît vers 1860 et combine divers apports stylistiques comme le classicisme, le gothique et le Queen Anne. La demeure se compose notamment d’un corps de logis de plan carré à deux étages et demi, d’une toiture à deux versants droits présentant plusieurs grands pignons, d’une galerie, de deux porches et d’une lucarne à fronton arrondi.

Dans son ensemble, la résidence conserve plusieurs éléments originaux, particulièrement ses boiseries décoratives. La propriété repose sur un solage de pierre et elle possède une structure de brique qui compte plusieurs rangs d’épaisseur. Cette technique constructive disparaît à la fin du XIXe siècle et se remarque à l’insertion de rangs de briques posées en boutisse dans l’appareillage. Les portes en bois à panneaux ont été préservées : la porte de la façade principale est double et est surmontée d’une imposte et la porte de la façade latérale droite est simple et ne comporte pas d’imposte. La maison présente un programme décoratif élaboré. Des fenêtres de plusieurs dimensions et formes animent ses élévations : oculus, baies jumelées, à arc en plein cintre et à arc surbaissé. Elle comporte aussi des colonnes ouvragées, un garde-corps aux balustres tournés, une corniche de fronton de toit de galerie à modillons, etc. Les grands pignons du toit sont ornés de retours de corniche, de dentelles de bois, de corniches à modillons, de bardeaux de bois aux pureaux taillés et d’appliqués de bois. Les murs possèdent plusieurs types de bandeaux de brique ainsi que des pilastres stylisés en façade et le porche de la façade latérale compte une toiture à fronton et un entablement soutenu par deux énormes consoles.

La tôle de la toiture a été remplacée par des bardeaux d’asphalte et les fenêtres d’origine ont été remplacées par des fenêtres à battants dont la majorité sont surmontées d’une imposte. Un volume annexe à toiture plate a aussi été ajouté à l’arrière.

La maison Gabriel-Marchand possède une valeur patrimoniale supérieure qui tient à la fois à ses qualités architecturales, puisqu’elle jouit d’une excellente intégrité matérielle et formelle, à son histoire et au contexte bâti dans lequel elle s’insère. Il s’agit en effet d’un très bon exemple d’architecture éclectique victorienne, caractérisée principalement par sa décoration élaborée et la composition pittoresque des élévations, elle est liée à une famille québécoise notoire et elle est implantée au cœur du quartier bourgeois de Saint-Jean.